Accueil Gay Portail > Histoires Erotiques gays > En dehors du sexe > Les crimes imaginaires de la pornographie
Les crimes imaginaires de la pornographie
18 février 2009
Dans le débat public autour de la pornographie, la liste des crimes qu’on lui impute n’en finit pas de s’allonger, ce qui ne plaide guère en faveur de leur réalité. On est passé de la "perte des valeurs et des repères de la jeunesse" (un crime qui ne mérite quand même pas l’emprisonnement ou une amende ruineuse) aux viols d’enfants (avec une mention spéciale à la sordide "affaire Outreau") puis aux horreurs de la guerre (avec une mention spéciale au comportement de soldats américains dans les prisons d’Irak), en passant par les fameuses" tournantes" (dont, curieusement, on n’entend plus parler).
LES CRIMES IMAGINAIRES DE LA PORNOGRAPHIE
le texte reprenant l’exposé de Ruwen Ogien (philosophe et directeur de recherche au CNRS) Nivelles dans le cadre de la journée sur la censure et le livre organisée par l’APBD
La volonté de contrôler la diffusion d’images ou de textes dits " pornographiques " n’a jamais cessé d’exister en France, à droite comme à gauche, mais pour des raisons différentes [1]. Traditionnellement, la droite, toujours disposée à tirer des bénéfices politiques de la peur des " honnêtes gens ", était contre la pornographie au nom de la " mise en péril des mineurs ", et la gauche, toujours prête à nous dire ce qui est bon pour nous sans nous demander notre avis, au nom de l’ " atteinte à la dignité des femmes" . Ce qui a changé récemment, c’est que les raisons de censurer la pornographie sont devenues les mêmes. À gauche comme à droite, on se préoccupe surtout de la " mise en péril des mineurs ". C’est une concession intellectuelle de la gauche à la droite, mais ce n’est évidemment ni la première, ni la seule. Le véritable problème, toutefois, c’est que ces deux raisons affichées de contrôler la pornographie sont fallacieuses.
Si ce qui dérangeait vraiment les censeurs était l’ " atteinte à la dignité des femmes ", ils n’auraient aucune raison de s’opposer à la diffusion de films porno gay à la télévision, même sur TF1 (peut-être pas en " prime time " !) . Ils n’en sont pas là, comme on l’a vu lors des négociations pour l’autorisation de diffuser de films porno gay sur Pink TV. L’argument de la " mise en péril des mineurs " semble imparable étant donné la place centrale qu’il a prise dans nos indignations morales.
Pourtant son caractère hypocrite est flagrant. Certains partis politiques lancent des campagnes hystériques contre la pornographie sous le prétexte que les jeunes sont si fragiles que, s’ils tombent sur une scène de sexe un peu crue à la télé, leur psychisme sera irréversiblement détérioré. Mais les mêmes font passer des lois exigeant qu’on jette les jeunes en prison le plus tôt possible s’ils ont commis un délit ou un crime. Pour la prison, ils n’ont pas l’air de trop se soucier de leur fragilité de la jeunesse : trop petits pour le porno, assez grands pour la prison .
Quand des personnalités publiques acceptent de défendre des points de vue aussi incohérents, il n’est pas inapproprié de se demander ce que cela cache. Il y a, bien sûr, leur désir assez démagogique de se montrer vertueux . Après tout, les occasions qu’ils ont d’apparaître ainsi ne sont pas si fréquentes ! Et puis il y a aussi, comment pourrait-on l’ignorer, le contenu, c’est-à-dire la conception de la sexualité représentée dans les films dits " porno " : crue, dérisoire, non sentimentale, indifférente aux prétendues " valeurs " d’amour et de fidélité. À droite comme à gauche, les personnalités publiques n’ont, au fond, probablement rien contre les interventions paternalistes de l’État qui vont dans le sens du contrôle de ces représentations qui pourraient " corrompre " l’esprit fragile des gens du peuple (mais pas le leur, bien sûr).
Toutefois, en allant dans ce sens, elles contredisent certains principes qui conviennent à un État démocratique, laïque et pluraliste. Un tel État devrait, en principe, rester neutre du point de vue des conceptions religieuses, mais aussi, je crois qu’on ne le dit pas ou plus assez, du point de vue des conceptions morales, en particulier des conceptions personnelles du bien sexuel . Bref, il devrait se contenter de respecter les principes d’une éthique minimale. Tel est ,du moins , le point de vue général que j’essaie de défendre.
La faute au porno
Dans le débat public autour de la pornographie, la liste des crimes qu’on lui impute n’en finit pas de s’allonger, ce qui ne plaide guère en faveur de leur réalité. On est passé de la "perte des valeurs et des repères de la jeunesse" (un crime qui ne mérite quand même pas l’emprisonnement ou une amende ruineuse) aux viols d’enfants (avec une mention spéciale à la sordide "affaire Outreau") puis aux horreurs de la guerre (avec une mention spéciale au comportement de soldats américains dans les prisons d’Irak), en passant par les fameuses" tournantes" (dont, curieusement, on n’entend plus parler).
C’est, soi-disant, dans un "imaginaire pornographique" que serait née l’idée de faire poser les prisonniers irakiens nus et en tas et de les forcer à s’activer sexuellement devant des caméras vidéo, celle d’organiser des soirées chaudes dont les enfants seraient les victimes non consentantes ou de violer des adolescentes dans les caves des HLM. Les médias en rajoutent évidemment. Si on les prenait au sérieux, on finirait par croire que tout ce qui va mal dans notre monde, à part peut-être la baisse du dollar ou le réchauffement de la planète est de la faute au porno. Il faut espérer, cependant, que personne n’a vraiment la naïveté de penser qu’il suffirait de censurer complètement la pornographie pour que ce monde devienne une vallée de roses. C’est tout le contraire qui est vrai : la carte des pays où la pornographie est interdite coïncide avec celle de ceux où le respect des droits de l’homme, de la femme et des enfants sont les moins garantis. Partout où la pornographie est tolérée, les femmes sont plus libres, les enfants et les minorités sexuelles mieux protégés. Je ne veux évidemment pas défendre l’idée ridicule que c’est la diffusion du porno qui cause ces libertés ! Mais seulement qu’elle ne les entrave aucunement, alors que son interdiction est plutôt mauvais signe.
Par ailleurs, il n’est pas nécessaire d’être un sociologue ou un historien professionnel pour savoir que la longue et déprimante histoire des sévices sexuels n’est absolument pas liée à celle de la diffusion d’images pornographiques. Dans une enquête faisant suite au scandale des tortures en Irak, on voit un cliché où des soldats français font subir le même genre de sévices à des prisonniers algériens (Le Monde, 9-10 mai) . Personne n’a la tentation absurde de penser que c’est de la faute aux cartes postales coquines ou aux films porno noir et blanc de l’époque. Alors pourquoi imputer aux films classés X, les tortures d’aujourd’hui ? Finalement, la question la plus embarrassante que la pornographie semble poser est la suivante. Dans la plupart des états démocratiques, tout ce qui est montré dans un film pornographique ordinaire (fellations, échangisme, sodomie, double ou triple pénétration etc.) a cessé d’être interdit légalement ou condamné moralement. C’est une sorte de "libération" juridique au moins, même si certains esprits naturellement sceptiques en contestent la valeur politique ou morale. Comment se fait-il que cette libération légale de l’activité sexuelle ne s’accompagne pas vraiment de la liberté de sa représentation, laquelle continue d’être soumise à des régimes uniques de contrôle ou de répression.
Petite histoire de la répression des représentations sexuelles explicites
Il faut dire que l’histoire de la répression des représentations sexuelles explicites est assez compliquée. Ces représentations, visuelles ou écrites, n’ont pas toujours été censurées, et, lorsqu’elles l’ont été, ce fut souvent pour des raisons religieuses (elles étaient jugées "blasphématoires") ou politiques (elles étaient jugées "subversives"). Selon certains historiens et anthropologues (parmi lesquels il faut citer tout particulièrement Lynn Hunt et Bernard Arcand ), à partir du XIXe siècle et dans le monde dit "occidental", une nouvelle justification publique du contrôle ou de l’interdiction de la production, de la diffusion et de la consommation de représentations sexuelles explicites est apparue : l’"immoralité". Différents "entrepreneurs moraux" (des réformateurs sociaux, des patrons paternalistes, des philanthropes etc.) ont essayé de convaincre le grand public que ces représentations étaient "indécentes", "licencieuses", susceptibles de "dépraver", de "corrompre les mœurs", d’inciter à la "débauche", d’éveiller les "instincts humains les plus bas" ("lascivité", "luxure", "concupiscence" etc.), de porter atteinte aux "valeurs" de la famille, du travail, de la patrie, d’entraver l’épanouissement de la jeunesse etc. La qualification d’ "obscénité", sous le chef de laquelle toutes sortes de sanctions légales ont commencé d’être administrées à cette époque, recouvre en fait cet ensemble de jugements moraux négatifs. Mais cette qualification a elle même évolué, allant d’un sens extrêmement large (tout ce qui est sexuel est "obscène" et doit être censuré) à un sens plutôt étroit (seul ce qui est dépourvu de "valeur sociale rédemptrice" est "obscène" et doit être censuré).
C’est en 1868, en Grande-Bretagne, lors de l’affaire dite "Hicklin", qu’un critère légal explicite permettant de juger si tel ou tel matériel était "obscène", fut proposé pour la première fois. Pour être déclarée "obscène" (et sanctionnée à ce titre), une publication devait présenter une "tendance à corrompre" les personnes dont l’esprit est "vulnérable aux influences immorales", et un risque de tomber entre leurs mains. Cette façon de qualifier l’"obscénité" inspira longtemps de nombreuses législations, celle des Etats-Unis en particulier (la chronologie de Susan Dwyer est très éclairante de ce point de vue). La jurisprudence américaine l’abandonna en 1933, à la suite d’un procès relatif au livre Ulysse de James Joyce. Ce dernier ne fut pas jugé "obscène", en raison de son mérite littéraire et parce qu’il ne pouvait pas avoir d’influence néfaste sur un homme supposé "raisonnable". Par la suite, la preuve de l’absence de valeur des représentations sexuelles explicites devint de plus en plus difficile à apporter. L’accusation devait prouver que la représentation sexuelle explicite était non seulement dépourvue de "mérite littéraire" mais absolument dépourvue de "toute valeur sociale rédemptrice".
En dépit de ces changements, la présomption d’immoralité pesant sur tout matériel sexuel explicite était restée bien vivante, ainsi qu’en témoignait le vocabulaire des décisions judiciaires qui continuait de suggérer qu’une sorte de compensation sociale ou morale (une "valeur sociale rédemptrice") était nécessaire pour qu’un matériel sexuel fût jugé socialement acceptable et susceptible d’échapper aux sanctions légales.
En fait, qualifier légalement une représentation sexuelle explicite d’"obscène" revenait à la déclarer dépourvue de tout "mérite artistique" ou de toute "valeur sociale rédemptrice" selon des critères dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils manquaient de constance et de clarté.
C’est cet ensemble d’idées que les féministes contestèrent. En dépit de leur accord de surface avec les conservateurs hostiles à la diffusion de représentations sexuelles explicites, les féministes ont toujours été très attentives à rejeter le moralisme implicitement contenu dans l’idée d’"obscénité". Elles ont toujours pris la peine d’insister sur le fait que, ce qui les distinguait principalement des conservateurs, c’est qu’elles ne condamnaient pas toutes les représentations explicites d’activités sexuelles. Elles ont toujours souligné qu’il convenait de distinguer les "bonnes" et les "mauvaises" représentations de ce genre. Et, ont-elles ajouté, ce n’est pas l’"obscénité" supposée de certaines représentations sexuelles explicites qui doit servir de critère de distinction. Elles ont critiqué systématiquement ce critère, qui prétend au fond qu’il y aurait quelque chose d’intrinsèquement blâmable dans l’intention de stimuler sexuellement le public par des écrits ou des images et d’intrinsèquement admirable dans le mérite artistique (il aurait toujours une valeur "rédemptrice"). Or ces deux idées leur paraissaient, à juste titre, infondées. Le mérite artistique suffit-il à mettre les œuvres d’inspiration nazie à l’abri de la critique politique ou morale ? Qu’y a- t-il d’intrinsèquement blâmable dans l’intention de stimuler sexuellement le public par des écrits ou des images ? Le seul tort réel que, selon elles, ces représentations sexuelles explicites peuvent causer est politique et non moral : elles risquent de disqualifier la voix des femmes.
Ainsi, l’écrivaine Andrea Dworkin et la juriste Catharine Mc Kinnon rédigèrent un projet d’ordonnance, devenu fameux (analysé entre autres par Elisabeth Badinter et Nadine Strossen), visant à interdire la diffusion de certaines représentations sexuelles explicites qui mettaient en scène des femmes " prenant plaisir à être humiliées, battues, dégradées, avilies, torturées, réduites à des parties de leur corps, placées dans des postures serviles de soumission ou d’exhibition ". C’étaient ces représentations sexuelles bien spécifiques, et elles seulement, qu’elles qualifiaient de "pornographiques". Cette qualification ne contenait aucune référence à l’"obscénité" ou à l’"immoralité" de ces représentations. Ce qui n’allait pas dans ces représentations, ce n’était pas qu’elles "réveillaient la concupiscence", qu’elles étaient dépourvues de "mérite artistique" ou qu’elles présentaient sans la critiquer (c’est le moins qu’on puisse dire) une forme non romantique de sexualité à partenaires multiples et qu’elles étaient "immorales" en tous ces sens. C’est, seulement, qu’elles proposaient une image des femmes qui risque de porter atteinte à l’égalité politique.
Finalement, les féministes ont contribué à rendre plus ou moins caduc le mot "obscénité" et à le faire remplacer progressivement par "pornographie". En ce sens, elles ont été, paradoxalement, à l’origine de l’invention de la pornographie comme genre esthétique spécifique.
On peut se demander , cependant, si la critique féministe a réussi, comme elle se proposait de le faire, à exclure tout moralisme dans sa condamnation de certaines représentations sexuelles explicites. Lorsqu’on lit certains textes sur la distinction entre "érotisme" et "pornographie" plus ou moins inspirés par cette critique, on peut en douter. L’érotisme serait "bon" (respectueux de la "personne", de la "dignité humaine" etc.) ; la pornographie serait "mauvaise" ("réifiante" , promouvant la "barbarie", le " commerce des choses les plus sacrées", etc. ). On peut reconnaître la force de la critique féministe de l’idée d’"obscénité" et de ses usages juridiques sans accepter sa tendance (lorsqu’elle existe) à donner une valeur morale, et pas seulement esthétique, psychologique ou sociale, à la distinction entre "érotisme" et "pornographie".
Il faut aussi rappeler que, lorsque la législation anti-pornographie est renforcée, les premières victimes sont les femmes elles-mêmes et les minorités sexuelles. Rejeté aux Etats-Unis comme anticonstitutionnel , le projet d’ordonnance d’Andrea Dworkin et de Catharine Mc Kinnon a passé toutes les étapes de la reconnaissance légale au Canada. En 1992, en conclusion de l’affaire Butler contre La Reine, la Cour Suprême Canadienne déclara constitutionnelles des dispositions imposant des restrictions sur l’importation, la production, la vente ou la distribution de matériel pornographique, au nom des torts causés aux femmes, et cela en dépit de la protection du droit à la liberté d’expression. Pour la première fois, des mesures légales contre la pornographie étaient prises au nom des torts causés aux femmes. Les féministes saluèrent la décision comme un événement sans précédent marquant le triomphe de leur cause. Le problème, c’est que, depuis, les principales victimes de la nouvelle réglementation sont les artistes féministes ainsi que toutes les minorités sexuelles, gay, lesbienne etc. Les librairies et autres commerces spécialisés gays, lesbiens ,féministes etc. sont harcelés ; le matériel en vente, régulièrement vérifié. Un an après la décision Butler, la revue canadienne Feminist Bookstore News constatait qu’elle avait servi exclusivement à saisir du matériel gay, lesbien, féministe. Deux ans et demi après, plus de la moitié des librairies féministes canadiennes avaient eu du matériel confisqué ou saisi par les douanes. Même les associations féministes qui avaient soutenu le plus énergiquement la décision , comme la LEAF ( Legal Education Action Fund, dont Catherine McKinnon était une co-fondatrice) commençaient à se demander si elles n’avaient pas commis une belle gaffe. Comble de l’ironie, un ouvrage de l’un des promoteurs de la loi anti-pornographie , Andrea Dworkin fut saisi pour "pornographie". Comble de la stupidité, une trentaine d’exemplaires de L’homme assis dans le couloir de Marguerite Duras furent bloqués aux frontières conformément à la loi, c’est-à-dire parce que la prose de Duras était censée causer des torts aux femmes ! La liste des ouvrages saisis fût-ce provisoirement aux frontières, recensés par Pat Califa, qui comprend des œuvres d’écrivains aussi admirables que Dorothy Allison ou Katy Acker, devrait suffire à embarrasser les pornophobes les plus militantes.
Bref, le mouvement de libéralisation de la diffusion des représentations sexuelles explicites, littéraires ou visuelles, a connu plusieurs étapes importantes. À chacune de ces étapes a correspondu une redéfinition de ce qui était, selon les pays, jugé " obscène " ou " contraire aux " bonnes mœurs " ou " pornographique ".
1)Toutes les représentations sexuelles (y compris les " nus " artistiques ou les planches anatomiques) peuvent être jugées " obscènes " (ou " contraire aux bonnes mœurs " ou " pornographiques ") et censurées à ce titre.
2) Seules les représentations sexuelles dites " dépourvues de valeur scientifique ou artistique " peuvent être jugées " obscènes " (ou " contraire aux bonnes mœurs " ou " pornographiques ") et censurées à ce titre.
3) Seules les représentations sexuelles dites " absolument dépourvues de toute valeur sociale de rachat " peuvent être jugées " obscènes " (ou " contraires aux bonnes mœurs " ou " pornographiques ") et censurées à ce titre.
4) Aucune représentation sexuelle n’est censurée dès lors qu’elle s’adresse aux adultes.
5) Aucune représentation sexuelle n’est censurée.
Sous couvert de l’article 227-24 du code pénal qui sanctionne la diffusion de tout message à caractère pornographique susceptible d’être vu ou perçu par un mineur, certaines associations familiales voudraient probablement nous faire revenir à la première étape, celle où les bigots faisaient la loi. Mais ces tentatives sont très minoritaires. Une autre attitude qui pourrait sembler plus raisonnable me paraît assez dangereuse aussi. À la suite de la condamnation, en 2003, de Léo Scheer, l’éditeur d’un roman de Louis Skorecki, Il entrerait dans la légende, certains éditeurs, auteurs, juristes ont signé la pétition réclamant une " exception littéraire " pour ce genre de livre qui devrait échapper à toute forme de censure en raison de ses qualités artistiques.
Ils pensaient que leur position était progressiste. Mais, en réalité, ils ne proposaient rien de plus que de revenir à la deuxième étape, où tous les livres à contenu sexuel restaient suspects en principe et ne pouvaient échapper à la censure que s’ils témoignaient de " qualités littéraires ". C’était, en fait, une façon " chic " ou " noble " d’accepter la censure. Cette proposition était en retrait par rapport à l’étape quatre, qu’un peu de bon sens pourrait faire prévaloir et aussi, bien sûr, par rapport à l’étape cinq, qui, dans les conditions politiques présentes, paraît relever de l’utopie mais que je trouve, personnellement, parfaitement défendable. Pourquoi l’État plutôt que les citoyens eux-mêmes (en tant que parents par exemple) devrait-il veiller au contrôle de la consommation de représentations sexuelles explicites ?
Cette proposition est, aussi, comme tous les adversaires sincères de la censure l’ont toujours dit et répété, dangereuse et injuste.
Dangereuse. Elle risque de laisser à des personnes qui n’ont aucune compétence particulière la liberté de juger de la nature " fictive " ou "non fictive " d’une œuvre ou de sa valeur littéraire (et qui ne se priveront pas, lorsque ça les arrangera, de déclarer qu’elles n’en ont pas). La perspective que cette liberté soit déléguée à des " experts " (lesquels : l’Académie Française ? Les membres des jurys littéraires réunis en congrès ?) n’est pas plus rassurante. Il faut surtout espérer que ceux qui seront amenés à juger du mérite littéraire des œuvres ne seront pas exactement les mêmes que ceux qui ont condamné l’éditeur !
Injuste. Pourquoi exiger des œuvres à contenu sexuel des " qualités littéraires " qu’on n’exige absolument pas de la plupart des autres ouvrages qu’on trouve librement exposés dans toutes les librairies ? S’il fallait interdire ou sanctionner tous les livres dépourvus de mérite littéraire, combien resteraient en vente libre ?
En fait, le mieux serait d’engager une réflexion sur la possibilité de supprimer purement et simplement l’article 227-24. Il n’aurait jamais été rédigé et inclus dans le nouveau Code pénal sans l’intervention de la dernière heure d’un sénateur particulièrement obsédé par le " minitel rose ". Pourquoi faudrait-il le considérer aujourd’hui comme un texte quasi-sacré, qu’on peut tout juste retoucher ? Les lois sur les publications pour la jeunesse ne sont-elles pas déjà suffisamment répressives (et aussi ridicules par certains aspects) ?
Les défenseurs des libertés qui trouvent cette proposition peu réaliste peuvent toujours commencer par demander la suppression de la référence à la " pornographie ", notion confuse et fuyante s’il en est. Elle sert, en effet, on le voit de plus en plus clairement maintenant, à qualifier tout ce qui suscite la répulsion des plus rétrogrades, même ce qui n’a absolument rien à voir avec la représentation explicite d’activités sexuelles à des fins de stimulation.
Ce genre de position était assez répandue parmi les défenseurs des libertés du début du siècle dernier qui, tel Bertrand Russell réclamaient l’abolition des lois contre l’obscénité : " C’est pourquoi, bien que je n’espère pas rallier les suffrages du plus grand nombre, je suis fermement convaincu qu’il ne faut pas de lois sur les publications obscènes " [2] .
Je trouve assez déprimant qu’il se trouve de moins en moins d’intellectuels pour la défendre aujourd’hui, même parmi plus progressistes qui semblent assez satisfaits de faire alliance avec les conservateurs sur ce sujet.
Pensez au Nouvel Observateur ou même à Libération qui ont initié des campagnes anti-porno. Pourquoi ? À mon avis, c’est la conception de la sexualité qui est mise en scène dans les films pornos qui est à l’origine de ces alliances saugrenues. Ce que le droite condamne et ce que la gauche hésite à ne pas condamner, à mon avis, c’est le fait que la pornographie donne une image de la sexualité crue, dérisoire, non sentimentale, indifférente aux grandes idées d’amour ou de fidélité. À droite comme à gauche, on semble accepter les interventions paternalistes de l’État qui vont dans le sens de la répression de ce qui pourrait ressembler à une forme de propagande en faveur de cette conception du bien sexuel personnel. En allant dans ce sens, les personnalités publiques de droite comme de gauche vont à l’encontre de certains principes qui conviennent à un État démocratique, laïque et pluraliste. Un État démocratique, laïque et pluraliste comme le nôtre devrait, en principe, rester neutre du point de vue des conceptions religieuses, mais aussi, je crois qu’on n’y pense pas assez, du point de vue des conceptions morales, en particulier des conceptions personnelles du bien sexuel. Un État neutre devrait laisser chacun libre de faire ce qui lui convient en ces matières du moment qu’il ne cause aucun tort physique ou moral à autrui (les torts que nous nous causons à nous-mêmes étant notre affaire).
En fait, un État qui essaierait de rester neutre du point de vue moral comme il l’est du point de vue religieux, ne ferait rien d’autre que respecter les principes de ce que j’appelle une " éthique minimale ".
Qu’est-ce que l’éthique minimale ?
Il existe une longue tradition en philosophie, qu’on fait habituellement remonter aux anciens Grecs, d’après laquelle ce qui peut être jugé moral ou immoral, c’est notre manière de vivre personnelle, même lorsqu’elle est conçue indépendamment de tout rapport à autrui. L’éthique minimale est, tout simplement, une conception morale qui renonce à cette tradition pour différentes raisons. D’après l’éthique minimale , nos façons de vivre n’ont aucune importance morale tant qu’aucun tort à autrui n’en résulte (ce qui signifie, entre autres, que la vie contemplative du penseur ou du philosophe n’a aucun privilège moral). Il en va de même pour nos conceptions du bien personnel. C’est particulièrement évident dans le domaine de la vie sexuelle. On peut avoir des préférences homosexuelles, hétérosexuelles ou pas de préférence sexuelles du tout ; le goût de relations sexuelles uniques, multiples, ou aucun goût pour ce genre de relations. On peut discuter de ces préférences, mais il serait absurde de dire que l’une d’entre elles est plus " morale " que les autres. En d’autres mots, l’éthique minimale nous recommande d’adopter une attitude de neutralité à l’égard des conceptions du bien personnel, sexuel en particulier, et, de façon plus générale, de renoncer aux grandes questions existentielles (" Qu’est-ce qu’une vie bonne ? ", " Qu’est-ce qu’une vie réussie ? " etc.) Elle nous dit que la vocation de la morale n’est pas de régenter absolument tous les aspects de notre existence (des manières de s’alimenter à celles de se toucher en passant par celles de contrôler sa pilosité). Elle est seulement d’affirmer des principes élémentaires de coexistence des libertés individuelles et de coopération sociale équitable, comme le principe positif d’égale considération de la voix et des intérêts de chacun ou le principe négatif qui nous demande de ne pas causer de torts à autrui intentionnellement.
C’est pourquoi la production, la diffusion et la consommation de pornographie ne devrait, dans une société comme la nôtre qui ne reconnaît qu’une éthique minimale , provoquer l’intervention publique et des sanctions non pour sauver une certaine conception de la sexualité mais dans la mesure seulement où il serait avéré qu’elles sont des causes flagrantes de torts physique ou moral à autrui. Or, jusqu’à présent, aucun de ces torts n’a jamais été clairement établi .
Quels dangers pour la jeunesse ?
Prenons l’argument le plus souvent mis en avant dans le débat public : la soi disant "mise en péril des mineurs" . Cet argument dit que l’exposition aux livres et aux films à " caractère pornographique " est un " danger " pour la jeunesse mais ne précise pas en quoi ce danger consiste exactement.. En fait, dans le débat, on confond la plupart du temps deux ordres de "dangers" différents : psychologiques et idéologiques.
On peut, en effet , classer les "dangers" dits "psychologiques" en deux catégories. Dans la première, il est fait référence aux troubles d’identité sexuelle personnelle et à la difficulté de distinguer la réalité de la fiction. Dans la seconde, il est fait référence à la dissociation de l’amour et de la sexualité supposée déprimante et dommageable pour l’équilibre psychique. Mais les premiers dommages ne sont pas avérés et les seconds ne sont pas vraiment "psychologiques".
De façon plus générale, la question des droits des jeunes et des adultes à la pornographie est pratiquement jugée "taboue" dans le débat public alors que son importance morale est indéniable.
Dommages non avérés : Personne ne nie que l’exposition des jeunes à la pornographie provoque certains effets émotionnels immédiats (excitation, dégoût, amusement, ennui etc.) Mais aucune, jusqu’à présent, n’a établi, au-delà de tout doute raisonnable, qu’elle pouvait parler des effets psychologiques traumatisants, des atteintes durables à l’identité personnelle. Certaines études accordent une importance considérable aux caractéristiques sociales et psychologiques préalables des jeunes
. D’après elles, ceux qui ont été brutalisés dans leur petite enfance, qui ont vécu dans une atmosphère misogyne et pour qui la fuite devant la réalité est une stratégie de survie risquent de développer des attitudes plus agressives à l’égard des femmes lorsqu’ils sont exposés de façon répétée à la pornographie courante. Mais les plus favorisés du point de vue social et éducatif ne réagiront pas de la même façon à cette exposition : ils ne présenteront pas ce genre d’attitudes . L’avantage de ces études, c’est qu’elles ne sont pas étroitement "béhavioristes" en ce sens qu’elles ne supposent pas, de façon simpliste, que les spectateurs, jeunes ou moins jeunes, sont de simples "imitateurs", entièrement conditionnés par ce qu’ils voient.
Elles tiennent compte des théories psychologiques les mieux acceptées aujourd’hui, selon lesquelles la réception d’information est pour ainsi dire "filtrée" par les dispositions cognitives et sociales du récepteur. Bref, les études psychologiques les moins suspectes confortent, en gros, l’hypothèse disant que ceux qui ont des idées et des attitudes répugnantes à l’égard des femmes avant de voir du porno continuent de les avoir après ; et ceux qui ne les ont pas avant ne les ont pas après .
Elles semblent donc établir que la consommation de pornographie visuelle ne change pas profondément ou durablement nos idées et nos attitudes préalables concernant la sexualité en général et les femmes en particulier. Ces résultats valent pour les adultes comme pour les plus jeunes.
Ils n’ont jamais été remis en cause fondamentalement, en dépit des prétendus changements radicaux dans l’âge d’accès à la pornographie et dans le contenu de la pornographie (de plus en plus glauque et violent, à ce qu’on dit, sans critères d’identification bien déterminés ni soutien statistique). Je sais bien que, dans l’atmosphère d’hystérie collective anti-pornographie présente, ces conclusions sont difficiles à avaler, si j’ose dire, mais c’est bien celles qui sont obtenues dans les enquêtes les moins douteuses, citées entre autres par Marjorie Heins ou Judith Levine, dans des ouvrages dont la plupart des critiques ont salué le courage.
Confusions autour de la notion de "danger psychologique". Parmi ceux qui recommandent le contrôle ou l’interdiction de la diffusion de films dits "pornographiques", certains justifient leur position en soutenant que les films X donnent aux jeunes une " représentation fausse de la sexualité " et ruinent leur psychisme en les amenant à " dissocier sentiments et sexualité" . Mais ce ne sont pas des arguments psychologiques authentiques. C’est simplement une défense idéologique d’une certaine conception, assez conventionnelle dans nos sociétés, de la sexualité. Pour ce qui concerne ces " dangers " idéologiques, il faudrait donner des raisons de penser que ce sont vraiment des dangers. Une réflexion morale sur cette question s’impose. Est-il tellement dramatique de séparer d’une certaine façon amour et sexualité ? Ne s’agit-il pas d’un mouvement de société profond qu’il faut peut-être accepter ?
Droits à la pornographie. Certains textes de lois protègent la liberté d’expression sans aucune restriction relative à l’âge. C’est le cas du premier amendement de la Constitution américaine. Est-ce parce qu’il est évident qu’il ne concerne que les adultes ? Les exégètes sont partagés à ce propos. Il est intéressant d’observer que, pour certains, cet amendement est justifié par l’importance, pour le développement personnel et celui de la société, d’une information libre, aussi pénible soit-elle parfois et qu’il s’applique aux plus jeunes aussi. L’idée sous-jacente est que, dans une société démocratique, non-traditionaliste, la quête d’information personnelle et les innovations intellectuelles des plus jeunes doivent être globalement respectées. Ce sont les mêmes principes qui justifient l’idée qu’on ne doit pas interdire, dans une telle société, tout ce qui pourrait choquer ou heurter la sensibilité des plus jeunes (les informations au journal télévisé y compris) ou tout ce qui pourrait ne pas correspondre exactement aux vœux des adultes en matière de divertissement (les jeux vidéos en particulier). Pourquoi devrait-il en aller autrement dès qu’il s’agit de sexualité ? Pourquoi faudrait-il " pathologiser " ou " criminaliser " la curiosité des jeunes sur ces questions ? À côté de ces raisons de droit d’étendre des libertés aux plus jeunes, il y a aussi des raisons de fait. Tout le monde sait qu’il ne peut pas y avoir d’ " accès zéro " à la pornographie pour les jeunes s’il y a accès libre pour les adultes. Pour empêcher les jeunes d’accéder à la pornographie, il faudrait donc l’interdire complètement aux adultes. Serait-ce raisonnable ? En réalité, la question plus générale à laquelle il n’est pas facile de trouver une réponse est celle de savoir s’il faut, en général, renoncer à une liberté des adultes sous le prétexte qu’elle risque de causer certains dommages aux plus jeunes (l’accès libre à l’alcool des adultes étant un bon cas d’école). C’est une tentation qui existe certainement aujourd’hui étant donné le rôle que joue la notion de torts causés à la jeunesse dans nos indignations morales. Mais il n’est pas sûr que, dans ce domaine, l’indignation publique soit la meilleure conseillère.
Qui a peur de la pornographie ?
En conclusion, il faudrait peut-être se demander pourquoi la mise en péril de la jeunesse est devenue la justification ultime de nos indignations morales, à droite comme à gauche. Mais c’est une tâche pour sociologues ou historiens, pas pour philosophes. Tout ce que je peux dire, de mon point de vue, c’est que l’argument du danger pour la jeunesse est plutôt hypocrite et généralement incohérent. De plus quand la gauche l’exploite, c’est en allant contre ses propres prémisses intellectuelles. La gauche n’a jamais voulu construire ses programmes politiques et moraux sur la peur, les dangers, les risques mais sur la volonté de conquérir des droits, y compris pour l’enfant, quels qu’en soient le prix ou les risques.
C’est plutôt la droite qui s’est servi ( et se sert plus que jamais) de l’argument de de la peur, du danger, des risques, pour justifier son point de vue conservateur.
À mon avis, la gauche se piège elle-même en acceptant de crier avec la droite pour dénoncer les dangers que courent les jeunes, entre autres face à la pornographie . Consciemment ou inconsciemment, elle adopte une prémisse intellectuelle majeure des conservateurs qui voudraient que toute la réflexion politique soit focalisée sur les dangers, les risques, la peur et non sur les droits, les principes, les idéaux.
Mais pour revenir à mon argument principal, je dirais, pour conclure, que le fait que la pornographie donne une image de la sexualité parfois crue, dérisoire, non sentimentale, indifférente aux grandes idées d’amour ou de fidélité, ne devrait pas être un motif d’intervention publique, car la loi ne devrait pas avoir pour vocation de promouvoir ou de protéger une quelconque conception de la sexualité ou d’une vie sexuelle heureuse, si du moins elle accepte de respecter les principes d’une éthique minimale comme je crois qu’elle devrait le faire dans une démocratie pluraliste et laïque.
Ruwen Ogien, philosophe, directeur de recherches au CNRS.
Bibliographie
Arcand B., Le jaguar et le tamanoir. Anthropologie de la pornographie, Québec, Boréal-Seuil, 1991.
Badinter E., Fausse Route, Paris, Odile Jacob, 2003.
Bertrand, C.J. et Baron Carvais A., Introduction à la pornographie. Panorama Critique, Paris, La Musardine, 2001.
Bier C., Censure moi. Histoire du Classement X en France, Paris, L’esprit frappeur, 2000.
Califa P. et Fuller J., Forbidden Passages. Writings Banned in Canada, Pittsburgh, Cleis Press, 1995.
Campagna, N., La pornographie, l’éthique et le droit, Paris, L’Harmattan, 1998.
Dworkin R.,, " Liberté et pornographie ", trad., Marc-Olivier Padis, Esprit, 175, 1991 ; " Existe-t-il un droit à la pornographie ? ", dans Une question de principe, (1985) , trad. Aurélie Guillain, Paris, PUF, 1996, p. 417-465.
Dwyer S., éd., The Problem of Pornography, Belmont Cal. , Wadsworth Publishing Company, 1994.
Heins M., Not in front of the Children. " Indecency ", Censorship and the Innocence of Youth, New York, Hill and Wang, 2001.
Home Office Resarch : Effects of Video Violence on Young Offenders, 1998, bbfc.co.uk.
Hunt L., éd., The Invention of Pornography,. Obscenity and the Origins of Modernity, 1500-1800, New York, Zone Books, 1996.
Longino H., " Pornographie, oppression, liberté ; en y regardant de plus près... ", dans Laura Lederer, éd., L’envers de la nuit,. Les femmes contre la pornographie, trad. Monique Audy avec la collaboration de Martin Dufresne, Québec, les éditions du Remue-Ménage, 1983 p. 41-56. .
Kriegel B., La violence à la télévision. Rapport de Mme Blandine Kriegel à M. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture et de la Communication, 14 novembre 2002, Paris, Puf, Quadrige, 2003.
Levine J. , Harmful to Minors.The Perils of Protecting Children from Sex , Minneapolis, Minnesota University Press, 2002.
Lochak D., " Le droit à l’épreuve des bonnes mœurs. Puissance et impuissance de la norme juridique ", dans Centre universitaire de recherches administratives et politiques de Picardie, Les bonnes mœurs, Paris, Puf, 1994, p. 15-53. McEllroy W., XXX, A Woman’s Right to Pornography, New York, St. Martin’s Press, 1995.
MacKinnon C., " Not a Moral Issue ", dans Drucilla Cornell, Feminism and Pornography, Oxford, Oxford University Press, 2000, p. 169-197.
Ogien R., Penser la pornographie, Paris Puf, 2003 ; La panique morale, Paris, Grasset, 2004.
Pierrat E. Le sexe et la loi, Paris La Musardine, 2002.
Soble A. Pornography, Sex and Feminism, New York, Prometheus Books, 2002. Steinem G., " Erotica and Pornography. A Clear and Present Difference ", dans Dwyer, éd., op. cit., p. 29-34.
Strossen N., Defending Pornography, New York, Scribner, 1995.
Tricoire A., "Le droit français est paradoxal", dans Tricoire A., éd., La création est-elle libre ? Bordeaux, Le bord de l’eau, 2003, p. 11-33.
Youf D., Penser les droits de l’enfant, Paris, Puf, 2001.
[1] J’ai rassemblé dans ce texte des arguments exposés dans deux livres Penser la pornographie et La panique morale , différents articles de journaux ou magazines (Le Nouvel observateur, Art-Press, Les Inrockuptibles) et quelques exposés sur le sujet C’est, pour ainsi dire, le bilan d’une sorte de "campagne" personnelle contre la diabolisation de la pornographie que je trouve dangereuse car elle menace, en fait, les droits des minorités sexuelles et la liberté d’expression artistique, celle des femmes cinéastes ou écrivains en particulier, effet paradoxal, étant la place de certains courants féministes dans la demande de censure de la pornographie, sur laquelle je reviens plus loin .
[2] Bertrand Russell, Le Mariage et la morale, (1929) trad. Gabriel Beauroy, Paris, Gallimard, 1930, p. 103.






