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film : Rent de Jonathan Larson

16 avril 2006

"Rent" de Jonathan Larson nous arrive aujourd’hui par le biais de son adaptation cinématographique a l’origine c’est une comédie musicale culte outre-Atlantique,. Dans cette piece transposée dans le New York de la fin des années 80, gays, lesbiennes, drag queens et hétéros forment une communauté bigarrée, pleine de vie et d’optimisme, en dépit du sida et de la drogue.


Au début des années 90, Broadway commence à parler des gays d’une façon plus sobre et plus réaliste qu’avant à cause ou grâce au sida. Après "Torch song trilogy" ou la "La cage aux folles", pièces ou comédies musicales abordent désormais l’homosexualité sous un angle plus grave, moins caricatural, bien qu’avec une légère tendance compassionnelle.

Comédie musicale rock, "Rent" marque une nouvelle étape dans la représentation de l’homosexualité dans le théâtre américain commercial.

Ecrit en 1996 par Jonathan Larson, un jeune auteur-compositeur plein de fougue, "Rent" transpose "La Bohème" de Puccini dans le milieu coloré du East Village où des artistes de toutes orientations sexuelles se battent pour survivre.

Certes, le sida reste présent (pour les personnages gays comme pour les hétéros) mais le traitement de l’homosexualité se fait d’une façon simple, naturelle et décomplexée. Une fois n’est pas coutume, le duo d’amour le plus tendre du spectacle est chanté par le couple gay tandis que les lesbiennes s’engueulent et les hétéros se compliquent la vie.

Et si "Rent" ne rechigne pas devant une bonne dose d’émotion, l’œuvre véhicule avant tout une incroyable rage de vivre, portée par la force de sa musique et l’énergie de ses interprètes.

Créé d’abord off-Broadway, "Rent" est un succès immédiat, tant au niveau de la presse et des professionnels que du public. Le spectacle transfère rapidement dans un grand théâtre de Broadway où il se joue encore et s’apprête à fêter son dixième anniversaire.

Broadway avait rarement vu un tel engouement pour une de ses productions. Durant les premiers temps, certains fans irréductibles passent la nuit devant le théâtre pour espérer obtenir des billets tandis que le spectacle décroche le prix Pulitzer et le Tony (équivalent des Molières).

Mais si le succès est aussi soudain qu’inattendu, le triomphe de Jonathan Larson est pourtant le fruit d’un travail de longue haleine. Cette vie de galère décrite dans " Rent ", il l’a connue au cours de ses années de bohème. Il ne savoure malheureusement pas la reconnaissance de son œuvre : il est emporté par une rupture d’anévrisme la veille de la première.

Dès sa création, "Rent" affole Hollywood et les droits d’adaptation sont achetés aussitôt. Cependant, le projet traînera de nombreuses années avant d’aboutir. Après avoir atterri dans les mains de Spike Lee et suscité des spéculations improbables quant au casting (Christina Aguilera, Justin Timberlake, Jennifer Lopez...), "Rent" échoit finalement au très en vue Chris Columbus (l’auteur des premiers "Harry Potter") qui préfère faire appel à la plupart des membres de la troupe originale.

Après une sortie un peu tiède aux Etats-Unis l’automne dernier, "Rent" s’attaque maintenant aux pays européens : l’occasion est enfin donnée de découvrir cette œuvre culte.

le film

Columbus pour la version film de Rent ? Au départ, le choix paraît peu judicieux tant l’univers familial du réalisateur ("Harry Potter", "Maman j’ai raté l’avion"...) paraît aux antipodes de celui de "Rent", avec ses drags queens séropos et ses strip-teaseuses camées. Pourtant, Columbus réussit son pari avec une certaine assurance. Du spectacle original, il arrive à transmettre l’énergie brute et l’émotion mêlée de rage, tout en clarifiant la structure dramatique, quelque peu confuse dans la version scénique. Certes, quelques numéros musicaux manquent d’inspiration et d’inventivité, mais de façon générale, Columbus a su traduire l’esprit de l’œuvre et faire de son adaptation une œuvre sincère, parfois maladroite, mais terriblement attachante et poignante. Enfin, sa volonté de conserver six des interprètes originaux de Broadway - bien que la plupart d’entre eux ne soient pas de grands noms à Hollywood, on y remarque quand même Taye Diggs ("Chicago") et Jesse L. Martin (l’inspecteur black de "New York police judiciaire") - se révèle payante. Cette distribution, à laquelle s’intègre harmonieusement deux nouvelles venues dont l’incandescente Rosario Dawson, exhale une alchimie unique qui fait toute la force du film.

"Rent", de Chris Columbus. Sortie le 12 avril.

La piece

Lorsque "Rent" est créé à Broadway en 1996, le spectacle est largement plébiscité par les gays qui y voient enfin une représentation sincère de l’homosexualité. Les Broadway queens aguerries tout comme les ados gays y voient un hymne à l’affirmation de soi et font de "Rent" un spectacle culte. L’adaptation cinématographique intervenant dix ans plus tard, l’effet de mode est un peu retombé. Entre temps, Hollywood n’a cessé de proposer des personnages gays et "Rent", avec son contenu désormais plutôt politiquement correct, ne fait pas de grandes vagues. Certains médias gay US chipotent sur le fait que la relation entre les deux hommes semble moins développée que les autres, ou que les acteurs sont trop âgés pour interpréter ce genre de rôles... Des détails finalement anecdotiques. "Rent" est néanmoins remarqué par le GLAAD (Gay And Lesbian Alliance Against Defamation), une organisation luttant contre l’homophobie et en faveur d’une représentation juste de l’homosexualité dans les médias. "Rent" se retrouve nommé dans la catégorie meilleur film, aux côtés (entre autres) de "Brokeback Mountain" et "Truman Capote". Belle reconnaissance.

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